L’oppidum de Roquecourbe, situé  sur la partie Nord de la commune de Marguerittes a été découvert par Mme J. REINAUD qui effectua en 1968 et 1969 une première prospection du gisement (Revue Gallia, 27-2-1969).

Ensuite, Monsieur PY et son équipe ont fait en mars et avril 1975, une série de sondages qui ont permis de découvrir que ce site avait connu une occupation longue  et continue du VI° siècle av. J.-C. jusqu’au  II° siècle av. J.-C. (Bulletin de l’Ecole Antique de Nîmes, 1976-1977-1978).

Roquecourbeladent copie

Situation géographique

L’oppidum de Roquecourbe est situé sur le rebord de la garrigue, au Nord de Marguerittes. Il se trouve sur un petit plateau barré (altitude de 190 mètres) au Sud par une falaise rocheuse faisant fonction de défense naturelle. Ce plateau est recouvert par une mince couche de terre contenant de nombreux fragments de pierres calcaires de la garrigue . Selon les endroits, la surface est érodée laissant le rocher à nu.

Photo vue  prise de sa base Sud

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Cet oppidum est l’un des plus importants sites archéologiques découverts à ce jour dans la commune de Marguerittes, avec le site chalcolithique de Peyrouse.

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Sondages archéologiques

Les sondages effectués en mars et avril 1975 sous la direction de Michel PY apportent un nombre considérable de renseignements précieux en particulier les mobiliers.

Les céramiques

Plus d’un millier de fragments de poteries : dolium, vases à céramique jaune tournée, coupes pseudo-ioniennes des urnes de types rhodanien ( 1ère moitié du III° siècle av. J.C.),  des amphores massaliètes ou amphores  micacés de Marseille apparaissant dès le V° siècle av.  J.C. coupe carénée de Kylis attique en céramique pseudo-ionienne à pâte grise et peinture gris noir (deuxième moitié du  IV° siècle av. J.C.-III° siècle av. J.C.), forme d’un bol à vernis noir attribuable à l’atelier des petites Estampilles, un fragment de skyphos attique à vernis noir datable des années 480-450  av.J.C. , un tesson de Bucchéro néro (vases étrusques, fins à pâte noire polie en surface datant de la fin du VII° siècle av. J.C. et  du début du VI° siècle av. J.C)

L’abondance des objets permet d’étudier de façon précise la civilisation matérielle de la protohistoire. Les vases en céramique constituent la majeure partie du mobilier. On retrouve surtout des fragments de poteries importées.
On peut les diviser en trois grandes catégories d’utilisation :
– grandes jarres ou dolia (silo), en argile assez grossière, servant à entreposer les récoltes.
– vases modelés, de fabrication indigène. Cette céramique évolue lentement du V° siècle av. J.C. vers le Ier siècle av. J.C. à une céramique de fabrication locale (instruments à cuire).
– amphores étrusques et massaliettes (récipients à boire et à manger) poteries importées grâce au développement du commerce avec Marseille et l’Italie (vins, olives) ;
– vaisselle de table : bols en provenance de Campanie, kylis (coupe à anses), grandes coupes, coupelles, canthares.

Les autres objets

Parmi les tessons de vase, on a découvert également en divers endroits : quelques fragments d’os, un fragment de fibule en bronze, une aiguille de bronze de 51 mm de long, à section ronde d’une épaisseur de 2 mm, une minuscule dé parallélépipède également en bronze (7×4.5x6mm) dont les deux grandes faces portent des points imprimés 6 d’un coté en deux rangs parallèles et 9 de l’autre en croix, un couteau de fer en quatre morceaux et trois fragments de lame en fer (instruments culinaires).

On ne mentionne pas la découverte d’outillage agricole et de l’armement.

Chronologie

Les sondages effectués sur l’oppidum de Roquecourbe ont apporté un nombre considérable de renseignements sur ce gisement encore inexploré. D’abord en ce qui concerne le chronologie de l’occupation de cet oppidum.

On peut distinguer cinq phases :

1)  Fréquentation du site dès le VI° siècle av. J.C. et peut-être plus anciennement ; habitat en matériau périssable, sous forme des cabanes dont le fond est entaillé dans le rocher ; toit et parois probablement en branches disposées verticalement et horizontalement et recouvertes d’argile, sol en terre battue sur un remblai et foyer construit en argile séchée.

Photo : mur en angle droit visible en surface et dessin

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2) Habitat développé au cours du V° siècle av. J.C. ; habitations en pierre sèche, avec sol en terre battue, toiture également en matériau périssable ; maisons en plan quadrangulaire avec leurs murs parallèles ou perpendiculaires ; rempart à double parement protégeant le site.

roquecourberempartnord

3) Interruption de l’occupation de l’oppidum couvrirait la fin du V° siècle av. J.C. et le IV° av. J.C.

4) Habitat de la première moitié du III° siècle en pierre sèche également, mais avec murs d’enceintes plus élaborés.

5) Abandon définitif du site à partir de 250 av. J.C.

Le premier âge de fer en Languedoc-Roussillon a vu l’épanouissement d’une civilisation agro-pastorale caractérisée par l’apparition de nombreux habitats appelés « oppida ». Ces derniers se trouvent sur le rebord des garrigues dominant la plaine littorale près des voies de communications naturelles.

Le deuxième âge du fer est marqué en effet par le développement du commerce dans les régions méditerranéennes. Les Etrusques furent les premiers à exploiter largement le marché languedocien. La présence d’amphores et de céramiques étrusques datant de cette époque confirme l’existence de cette activité commerciale.

Ensuite, les Grecs viennent se substituer aux Etrusques. L’influence grecque, en effet, a profondément marqué notre région. La fondation de Marseille au VI° siècle av. J.C. en est l’épisode le plus spectaculaire. Désormais le commerce massaliote pénètre largement en Languedoc . C’est ainsi qu’arrivent chez nous des denrées inconnues, l’huile d’olive et surtout le vin et l’art de cultiver l’olivier et la vigne.

Vers 350 av. J.C., les celtes venues du Nord, les Volques arécomiques s’installent entre le Rhône et la Garonne.

Par ailleurs, à Roquecourbe, lors de la prospection, plusieurs sites ont été repérés au pied de la colline et sur l’emplacement du château, une villa gallo-romaine. Notons qu’il existe en ce lieu une fontaine dont la source ne tarit jamais.

Extrait du bulletin n° 10 du C.H.A.M

sources :

PY Michel -Bulletin de l’Ecole Antique de Nîmes, 1976-1977-1978

PY Michel – Culture, économie et société protohistoriques dans la région nimoise – coll de l’école française de Rome -131

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